Des chiffres à l'envie d'être utile
Je suis devenue comptable à 22 ans, un peu par hasard. J'y ai vite trouvé ce qui me ressemble : le concret, l'analyse, comprendre comment les choses fonctionnent, et donner à quelqu'un de quoi décider juste.
Très tôt, j'ai compris que ce qui me passionne, ce n'est pas la comptabilité pour elle-même. C'est ce qu'elle permet de comprendre et de changer dans une entreprise. C'est en PME que je l'ai vraiment vécu : au plus près des dirigeants, à chercher des économies, améliorer l'organisation, construire des tableaux de bord, trouver des solutions concrètes.
Je me souviens d'une imprimerie. Chaque matin, le dirigeant jugeait sa trésorerie au solde du jour, sur un bout de papier. Je lui ai mis en place un suivi simple, à une semaine, un mois, trois mois. Rien de compliqué. Mais il ne subissait plus sa situation : il pouvait enfin anticiper. Et le jour où l'entreprise a traversé une passe difficile, j'ai décroché le téléphone pour négocier un étalement que personne n'osait demander. Ce qui m'a marquée, ce n'est pas d'avoir fait mon travail. C'est de m'être dit : « Là, j'ai vraiment été utile. »
J'ai aussi été indépendante quelque temps, à remettre de l'ordre dans l'administratif de petites entreprises : une boulangerie, notamment, dont j'ai repris tout le retard. J'aimais cela profondément : changer d'univers, rencontrer des gens, voir tout de suite à quoi je servais.
Pourquoi les artisans ? Pour une raison très personnelle. Mon frère était ferronnier d'art. Un vrai artisan, un artiste du fer forgé, immensément doué. Mais la gestion n'était pas son monde. Son entreprise a fermé, et j'ai vu de l'intérieur ce que cela lui a coûté. Parce qu'une entreprise qui ferme, ce n'est jamais qu'un chiffre : c'est une personne, son travail, sa passion.
Je ne veux pas apprendre aux artisans à devenir gestionnaires. Je veux leur permettre de rester artisans : leur donner accès aux mêmes outils de pilotage qu'une plus grande entreprise, sans en perdre la simplicité. Pour qu'après quelques mois, l'un d'eux puisse se dire : « J'ai moins de charge mentale, je sais où j'en suis, et j'ai retrouvé du temps pour mon métier. »